Alfred Hitchcock – Période anglaise 2

l-homme-qui-en-savait-trop-affiche_55044_34630Après avoir évoqué dans le précédent article les premiers films parlants d’Alfred Hitchcock, je vais continuer à évoquer son œuvre qui prend un tournant nouveau avec la première version de L’homme qui en savait trop. Hitchcock tourne ce film la même année que le Chant du Danube. Et on voit deux facettes du réalisateur totalement opposées. A noter qu’une fois encore il peut y avoir des spoilers dans le texte, car les twists sont ce qui fait Hitchcock.
L’Homme qui en savait trop, The man who knew too much
Dans les Alpes suisses, Bob et Jill Lawrence, un couple d’Anglais font fortuitement la connaissance d’un agent secret français. Ce dernier, avant d’être assassiné, révèle à Bob Lawrence l’imminence d’un attentat à Londres. Pour obtenir le silence des Lawrence, les criminels kidnappent la fille du couple. Celui-ci va devoir sauver sa fille tout en essayant de résoudre l’énigme.
J’ai évoqué le sens du rythme et du montage des premiers films, mais avec ce film on a un véritable portrait de méchant avec la prestation de Peter Lorre. Comme dans la seconde version, le rôle de l’espion par qui l’aventure commence est un acteur français. Pierre Fresnay apparait certes pendant cinq minutes, mais c’est lui qui lance le film. Les différences avec la seconde version sont légion. Ici la femme est une championne de tir ce qui lui servira à la fin du film, La fameuse scène de l’Albert Hall est déjà présente Elle est toutefois beaucoup moins longue et la tension dramatique ne monte pas avec l’orchestre et l’attente du coup de cymbales, mais avec la mère dont la vision s’embue de larmes et ce qui est rendu à merveille par le réalisateur. Le père est la figure centrale du film, sans doute John Schlesinger s’est -il inspiré de la scène du dentiste de ce film pour tourner la fameuse scène de Marathon Man.On a aussi la scène de l’église. Par contre la fin montre un affrontement bien plus long entre le chef des espions et son clan. La femme faisant partie des « méchants » n’aura aucune pitié pour la fillette, allant même jusqu’à vouloir la tuer. Il y a un long affrontement entre les policiers et les bandits dans une ambiance nocturne.

La musique utilisée sera la même la  Storm Clouds Cantata d’Arthur Benjamin. A noter que la musique est un élément majeur des films du réalisateur. Il en jouera de plus en plus en l’utilisant ou alors justement en l’omettant totalement comme dans la fameuse scène de l’avion dans la mort aux trousses, North by Northwest. Le film est toutefois teinté d’humour comme tous ceux du réalisateur.Peter Lorre surfe sur ces personnages de méchant, le réalisateur lui confiera de nouveau un rôle Afficher l'image d'origineimportant deux ans plus tard dans Quatre de l’espionnage. Mais pour l’instant revenons au film suivant, à savoir les Trente neuf marches tourné en 1935.
Les trente neuf marches, The thirty nine steps
 Le canadien Richard Hannay assiste à un spectacle quand une bagarre éclate. Il sort du théâtre et rencontre Annabelle, une jeune femme visiblement effrayée. Il l’héberge chez lui pour la nuit. Elle lui avoue qu’elle est une espionne et qu’elle est suivie par deux hommes. Elle lui dit qu’elle est à la recherche d’un homme, et veut empêcher la fuite d’une formule. Toutefois elle est assassinée, une carte d’Ecosse à la main, l’homme ayant peur de se faire accuser décide de fuir. Il voit aussi que la femme ne lui avait pas menti et décide de trouver le traitre. Il va rencontrer Pamela, une jeune femme à qui il va être enchainée. Petit à petit elle va lui faire confiance et l’aider.
C’est l’histoire d’une cavale avec des scènes de bravoure ou des scènes marquantes comme celle de la vieille ferme où un couple l’héberge, lui semble un homme mauvais, et elle une femme soumise. On y voit cette poursuite sur la lande, et la découverte de l’homme à la phalange coupée. Il y a naturellement l’humour des scènes avec le couple attaché ensemble par des menottes, notamment quand celui-ci se réfugie dans un hôtel. Il y a aussi ce twist final avec la révélation de qui détient la formule dans un Music Hall.

Le couple formé par Madeleine Carroll et Robert Donat annoncent tous les futurs couples mythiques, c’est même sans doute le premier film avec un couple réellement en vedette. En effet dans les films précédents, il y a bien sûr des couples, mais iAfficher l'image d'originels ne font pas avancer ensemble l’histoire.
Toutefois pour son film suivant, il laissera tomber la notion de couple et mettra quatre acteurs en vedette dans son nouveau film d’espionnage. En effet le réalisateur affectionne particulièrement le thème des espions, mais il le simplifie contrairement à nombre films du genre qui sont souvent incompréhensibles. Il adapte des nouvelles de Somerset Maugham avec The Secret Agent sorti en France sous le titre Quatre de l’espionnage.
Tourné en 1936, Quatre de l’espionnage raconte l’histoire de quatre espions, comme son titre français l’indique.
Un espion anglais Richard Ashenden doit se rendre en Suisse pour découvrir un espion allemand. Pour les besoins de la mission, il sera censé être marié à Elsa, une autre espionne. Il est accompagné pour sa mission du général, dont le meurtre est un hobbie. C’est aussi un coureur de jupons notoire. Le quatrième personnage important du film est un américain qui s’intéresse beaucoup à Elsa. Ils identifient à tort un homme comme étant l’espion allemand, pendant ce temps Elsa tombe folle amoureuse de son supposé mari. Et celui-ci lui rend son amour. Il décide de démissionner

Le film débute par l’annonce de la mort d’un écrivain anglais et une cérémonie d’hommage autour de son cercueil. Quand le dernier invité est parti, le majordome manchot part avec le faux cercueil vide. Le ton est donné, on aura un film qui sera une comédie d’espionnage. Le personnage du Général accentue cette idée avec Peter Lorre grimé en général mexicain avec petites bouclettes et teint basané, alors qu’il est lui aussi anglais. Le film tournera aussi autour de l’histoire d’amour et des doutes qui vont naître quand ils feront mourir un innocent persuadé de sa culpabilité à cause d’un bouton de loden Afficher l'image d'origineperdu. Il y a plusieurs scènes assez forte, comme celle de l’église où Ashenden et le général sont obligés de se cacher dans le clocher où le traitre fait sonner les cloches à toute volée. La scène où Ashenden et le général vont en excursion avec celui qu’ils pensent être l’espion allemand est particulièrement forte. On suit en parallèle les trois hommes sur les pentes d’une montagne suisse et Elsa et l’américain auprès de l’épouse du suspect qui prennent une leçon d’allemand, le tout ponctué par l’angoisse d’un teckel qui se mettra à hurler à la mort quand son propriétaire sera poussé dans le vide.
Il y a la scène de la chocolaterie et son évacuation pour permettre à un traitre de partir, il y a la scène finale avec le déraillement du train.  Mais ce qui frappe c’est surtout l’histoire d’amour et les doutes des espions dans leurs missions. C’est un casting cinq étoiles que nous offrent Hitchcock avec les acteurs britanniques typiques que sont John Gielguld et Madeleine Carroll, il utilise à merveille le côté inquiétant de Robert Young l’américain et offre de nouveau un magnifique rôle à Peter Lorre d’origine autrichienne et qui ne deviendra américain que quelques années plus tard nous offre une prestation exceptionnelle dans ces rôles atypiques qu’il affectionne.
Après l’Ecosse des 39 marches et la Suisse de Quatre de l’espionnage, Hitchcock retrouve Afficher l'image d'originel’Angleterre et Londres dans Sabotage, Agent Secret son titre original. Il y a de quoi se perdre  entre Cinquième Colonne (Saboteur en VO), Sabotage (Agent Secret) et Quatre de l’Espionnage (Secret Agent).
Sabotage, Agent Secret tourné en 1936
Londres, des sabotages ont lieu régulièrement, de grosses pannes de courant, mais ces pannes ne satisfont pas les commanditaires qui estiment que l’on se moque de leur côté amateur. Ils décident donc de commettre un attentat et demande à Karl Verloc un des leurs de déposer une bombe dans un endroit très fréquenté de Londres. L’homme est sans le savoir surveillé par la police. Le jour où il doit déposer la bombe, il ne peut pas sortir et confie le paquet au jeune frère de son épouse.
Alfred Hitchcock adapte ici le roman éponyme de Joseph Conrad. Le film commence par le sabotage et Londres sombrant dans le noir après l’explosion d’un disjoncteur. On se retrouve dans un petit cinéma où les spectateurs veulent se faire rembourser, et la gérante qui refuse de les rembourser.

On fait aussi la connaissance du marchand de primeurs qui n’est autre qu’un inspecteur du nouveau Scotland Yard. La gérante n’est autre que la jeune épouse de Karl Verloc, on se demande d’ailleurs comment ils se sont mariés et quels liens les unissent vraiment. La scène majeure est sans aucun doute la livraison de la bombe par le jeune frère et l’angoisse qui nait chez le spectateur avec ces plans sur le paquet contenant la bombe, suyoung_and_innocent___girl_was_young__the_1937ivi d’un plan sur une horloge, des plans du jeune garçon jouant avec un chiot dans le bus.
Le film est terriblement amoral. En effet après la mort de son petit frère, la femme tuera son mari qui préfère parler de la qualité de son repas que consoler son épouse. Le détective décide de protéger la jeune femme. Quand elle veut se dénoncer, une explosion retentit, et le cadavre de l’homme déchiqueté ne permettra pas de voir qu’il a été poignardé. Sylvia Sidney, John Loder et Oscar Homolka sont les interprètes de ce film noir.
Hitchcock tourne en 1937 Jeune et innocent, Young and Innocent
Robert Tysdall, un jeune écrivain découvre le corps d’une femme sur la plage. Il va chercher les secours, mais trois jeunes femmes qui arrivent elles aussi et voient le corps pensent qu’il est coupable. S’ensuit une chasse à l’homme. On s’aperçoit que l’homme a été étranglé avec la ceinture d’un imperméable et comme par hasard Tysdall l’a perdu la veille, il décide donc de retrouver son imper avec l’aide de la fille du commissaire qui croit en son innocence.
On retrouve une fois encore le thème du faux coupable, et comme dans les trente neuf marches, on suit un véritable couple à la recherche de la vérité. Le film est une sorte de « road movie » à la poursuite de cet imperméable, au bar où il est censé l’avoir perdu, dans la famille de la jeune femme, dans une mine.  Le film propose aussi un badinage entre les deux héros.

A partir de la seconde moitié du film, il se voit adjoindre un clochard qui a donné son imperméable à un homme qui a un tic à l’œil et qui est très certainement l’assassin. Ils partent donc tous les trois à la recherche du tueur, la scène maîtresse est très certainement la scènAfficher l'image d'originee finale où on va découvrir où est le tueur, avec un plan  de plus en plus rapproché sur ses yeux et son clignement maladif. Il y a naturellement les maquettes chères à Hitchcock, mais il y a aussi cette manière de mener l’histoire et cette manière de filmer qui est unique. Le film est absolument délicieux avec le duo formé par la lumineuse Nova Pilbeam et  Derrick de Marney. A noter un très joli thème musical qui annonce les grands thèmes de ses films américains.
Son avant dernier film anglais sera Une femme disparaît, A Lady Vanishes tourné en 1938.
Miss Froy, une gouvernante anglaise rentre à Londres en train. Elle part d’une ville des Balkans et fait la connaissance d’une jeune anglaise qui retourne en Angleterre pour épouser son fiancé. Avant de monter dans le train, la jeune femme est assommée par la chute d’un pot de fleurs qui était destinée à la gouvernante. Après avoir pris le thé avec Miss Froy, elle s’évanouit. Quand elle revient à elle Miss Froy a disparu et tous les passagers semblent ne jamais l’avoir vue. Un musicologue anglais qu’elle a croisé dans l’Hôtel décide de lui venir en aide. Et il s’avère qu’en réalité le train est rempli d’espions.

Avec The Lady Vanishes, Alfred Hitchcock signe encore un chef d’œuvre. Le film commence par le « survol » d’une superbe maquette représentant un village perdu enneigé. On se rend dans un hôtel où on va faire connaissance avec une partie des passagers du train, un couple illégitime, un duo de gentlemen anglais Caldicott et Charters qui sont fans de cricket et passent leur temps à parler de matchs (on retrouve les deux personnages dans Night train to Munich de Carol Reed). Il y a naturellement l’héroïne qui passe ses dernières vacances en célibataire avec deux amies, et Gilbert Redman, le musicien dessinateur un peu loufoque qui note la chorégraphie de danse folklorique. Il accompagne les domestiques au pipeau et les sautillements des danseurs dérangent la jeune femme qui veut dormir. C’est un film plein d’huAfficher l'image d'originemour avec donc ce fameux duo mais aussi avec ce héros atypique à l’humour pince sans rire.Il y a aussi scène qui paraîtrait très politiquement incorrecte maintenant où Charters et Caldicott apparaissent dans le même lit , l’un avec un haut de pyjama et l’autre avec le bas. Dans les scènes marquantes, il y a naturellement la scène du thé où Miss Froy écrit son nom dans la buée de la vitre du train. Ce détail anecdotique permettra à l’héroïne de prouver qu’elle n’est pas folle. Il y a l’affichage de l’emballage de thé toujours sur la vitre du train.Hitchcock s’est amusé à dépeindre des personnages tous bien caractérisés, entre Doppo le magicien, une vieille baronne. Il y a aussi ce docteur interprété par Paul Lukas et cette bonne sœur à talons. Le film est donc une longue quête  à la recherche de Miss Froy et se termine par le wagon où sont tous les protagonistes isolés sur une voie secondaire et à la merci des espions allemands. Une des scènes marquantes est celle de l’assassinat d’un guitariste jouant la sérénade au pied de l’hôtel. On voit l’ombre de mains apparaître sur un mur avant d’étranglRésultat de recherche d'images pour er ce musicien. Margaret Lockwood, Michael Redgrave et Dame May Whitty sont les interprètes principaux du film.
Pour son dernier film anglais, Alfred Hitchcock signera sa première adaptation d’un roman de Daphné du Maurier, la taverne de la Jamaïque. Il adaptera également Rebecca pour son premier film américain et naturellement les Oiseaux.
L’Auberge de la Jamaïque, Jamaica Inn  est sorti en 1939 (année faste pour le cinéma mondial).
Après la mort de sa mère, Mary Yellard vient retrouver sa tante qui est marié au tenancier de l’auberge de la Jamaïque. Il s’avère que celle-ci est un repère de naufrageurs qui font s’échouer les bateaux, les pillent tout en ne laissant aucun survivant. Ils sont sans le savoir sous les ordres de Sir Humphrey, juge respecté. Un policier se joint anonymement aux bandits et cherchent à les arrêter.

Hitchcock signe ici son premier film en costumes. C’est également le premier film de Maureen O’Hara qui joue la jeune Mary Yellard. Il n’y a pas de réel suspense, mais plus une ambiance gothique typique avec des « gueules » parmi les brigands. Les scènes de naufrage sentent terriblement les maquettes. Seule scène magistrale, la folie de Sir Humphrey sur le bateau. Il faut dire qu’Hitchcock a confié le rôle à Charles Laughton qui adore jouer ces personnages hors norme, son maquillage est outrancier, son jeu est « hénaurme ». L’acteur produit aussi le film. Ce film est un entre-deux, il n’est pas totalement anglais, mais il n’est pas encore américain. On y remarque la maîtrise d’Hitchcock dans le montage des scènes, mais il n’y a pas de réel suspense. On admirera le travail sur les ombres et lumières, le film se déroulant entièrement de nuit.
On constatera qu’Hitchcock s’entoure souvent des mêmes acteurs qui passent d’un rôle de premier plan à un rôle plus secondaire. On retrouvera également Charles Laughton dans le Procès Paradine.
Lors du tournage de la Taverne il est engagé par David O’Selznick le célèbre producteur hollywoodien qui lui confie la réalisation de Rebecca.
Mais cela fera l’objet d’une prochaine chronique sur mon blog.

Bonus – Hitchcock, Truffaut

39 steps

Secret Agent

Young and Innocent, The Lady Vanishes

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